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Toute Le Culture, ‘From Darkness’ CD review

Avishai Cohen est de retour et va on ne peut mieux. Ce 16 février sortira en effet son album, From Darkness. Cet album entièrement construit sur le triptyque musical piano-contrebasse-batterie offre au talentueux jazzman israélien l’occasion de renouer avec la formation classique jazz du trio.

Depuis son album Gently Disturbed en 2008, aux côtés des magiques Mark Giuliana à la batterie et Shaï Maestro au piano, Avishai Cohen n’était pas revenu à cette formation piano-contrebasse-batterie. Depuis, il s’était essayé un temps à la formation élargie pour l’album Aurora en incluant la chanteuse Karen Malka et l’oudiste Amos Hoffman à ce trio originel de base. Il avait ensuite continué sur cette ligne inclusive avec l’album Seven seas avant de revenir, comme dans une volonté d’épure à un simple dialogue tendu contrebasse-piano sur Duende. Enfin, dernièrement le cor de chasse, le violoncelle, le violon s’étaient aussi invités sur l’album Alma. Si l’éclectisme et la productivité d’Avishaï Cohen donnent à certains le tournis, cette façon d’envisager le jazz comme un champ ouvert qui permet toutes les explorations et audaces musicales a pu aussi donner aux gardiens du temple et autres puristes du jazz de sérieux grincements de dents. Mais de cela visiblement Avishaï Cohen n’en a cure…

Il revient donc avec cet album sobrement nommé From Darkness. Et comme le musicien semble avoir l’esprit de contradiction, la pochette est entièrement noire. Seulement, c’est un noir à la Soulages, obscurité prometteuse tout sauf enténébrée. En clair-obscur fugace, se détache l’image évanescente, qui apparait plus qu’elle ne disparait, du musicien se cachant derrière sa contrebasse. Superbe pochette donc, comme toujours avec le contrebassiste israélien et qui donne le ton de cet album. Comme à son habitude ou presque, Avishaï Cohen s’amuse aussi à insérer dans l’intitulé des titres un sens caché. Son album Seven seas par exemple devait se lire Seven C’s, en référence au rythme 7/4 qui était la trame du thème qui a donné le titre du disque. Là dans Darkness, on trouvera simplement le quasi acrostiche du nom de Bach, formé par les 4 premières lettres des 4 premiers morceaux (Beyond, Abie, Haleyah et C). Peut-être un hommage inconscient au musicien allemand, génie absolu dont Avishaï Cohen a pu dire qu’il était son « plus grand héros » et qui lui aussi s’amusait en son temps à cacher dans ses compositions baroques des déclinaisons musicales de son nom de famille.

Dans From darkness, Avishaï Cohen est accompagné de Nittaï Hershkovitz au piano et de Daniel Dor à la batterie. Du premier, on avait repéré déjà le son lumineux sur l’album Duende. Il en fallait en effet du talent pour succéder sans pourtant imiter Shaï Maestro qui après de longues années aux côtés d’Avishaï Cohen avait fondé sa propre formation jazz. Nittaï Hershkovitz, tout jeune pianiste de 27 ans avait sur Duende, réussi le joli coup de force de poser tout en délicatesse affirmée sa partition aux côtés d’un musicien aussi aguerri que le contrebassiste. Sur cet album, il continue sur cette lancée et apporte densité et fluidité aux 11 morceaux de From Darkness. Le tout jeune Daniel Dor, à la batterie, fait entendre un son très fougueux, qui frôle parfois le rock dense. La contrebasse d’Avishaï Cohen, égale à elle-même dans l’excellence, donne à l’ensemble l’ossature nécessaire, à la fois discrète et nécessaire, pierre angulaire autour de laquelle les deux autres musiciens peuvent librement s’affirmer et densifier leurs apports.

Des morceaux tels que la reprise de «Ballad for an unborn, Haleyah, Lost Tribe» portent la patte « cohenienne » aisément reconnaissable, cette espèce de sonorité claire, tranquillité fiévreuse et urgence calme. D’autres morceaux encore comme le très latino Abie réussit à fondre rythmes salsa, batterie lourde et piano presque classique. Comment font-ils pour mêler ce qui ne devrait normalement pas l’être ? La réponse importe guère tant le résultat est bon. Le morceau Almah, à la touche presque « rachmaninovienne » apporte sa nuance délicate. Et enfin une reprise du rayonnant « smile », composé par Charlie Chaplin vient clore cet album abouti.

Bien sûr il faut écouter plusieurs fois From Darkness pour en apprécier les nuances, car nul n’y entre s’il n’est patient. L’album s’apprivoise plus qu’il ne se dompte par une écoute hâtive ou bâclée. L’album porte en exergue un extrait de la chanson Anthem de Léonard Cohen qui résume bien l’esprit de From Darkness : « There is a crackdown in everything, that’s how the lignt gets in » (Autrement dit par notre Michel Audiard national qui a su aussi être poète: « Heureux sont les fêlés car ils laissent passer la lumière »).

Pour l’anecdote le label fondé par Avishaï Cohen porte le nom très évocateur de Razdaz : Raz en hébreu signifie le mystère, Raz does donc, le mystère fait. Et là encore, dans From darkness, le mystère (ou les muses, le duende c’est selon) a agi. From Darkness sortira le 16 Février 2015 sur le label Razdaz Recordz.

 

 

 

Photo: Youri Lenquette

English Translation:

Bassist and composer, Avishai Cohen is back and he couldn’t be any better. February 16 will see the release of his new album, From Darkness’. This album is built entirely on the musical art of a piano-bass-drums trio and offers talented Israeli jazz musicians the opportunity to reconnect with the classically trained jazz trio.

Since his last trio album Gently Disturbed’(2008), Avishai Cohenhas not returned to the piano-bass-drums training. Since this last release, he’s tried to expand his training, with the release of Aurora (2009), his quintet project, including singer Karen Malka, oud and guitar player Amos Hoffman and a different, original trio. He then continued on his path with the album ‘Seven Seas’ (2011) before returning, like a desire, to his bass-piano duetalbum, ‘Duende’ (2012). Finally, Avishai showed his diversity with the release of ‘Almah’ (2013), his trio with strings; violin, cello, two viola, and oboe. If the eclecticism and productivity of Avishai Cohen’s music leaves some dizzy, his view of jazz as an open field which allows all musical explorations can also leave the gatekeepers and other jazz purists seriously grinding their teeth. But to Avishai, this, is obviously second nature.

With Avishai’s latest release entitled ‘From Darkness’, the musician’s seem to have with them, the spirit of contradiction as the cover is completely black. The evanescent image that appears more than it disappears, as the musician hides behind his bass, but promises anything from the light that seeps through the darkened cover. As always with the Israeli bassist it sets the tone for this album; Avishai Cohen brings a fun, hidden meaning that is inserted in the title track. For example, his album ‘Seven Seas’ should read ‘Seven C’s’, referring to the difficult 7/4 rhythm that was the centre of the theme that gave the album its title. In ‘From Darkness’, we simply found that the title is almost an acronym name for Bach, which is formed by the first 4 letters of the first 4 songs (‘Beyond’, ‘Abie’, ‘Haleyah’ and ‘C#-‘). Perhaps this was an unconscious tribute to the German musician whose absolute genius, Avishai Cohen could say that he is his “greatest hero”.

On ‘From Darkness’, Avishai Cohen is accompanied by Nitai Hershkovits on piano and Daniel Dor on drums. Nitai, the young pianist of 27 years, was first introduced to us through the duet album, ‘Duende’. With this new release, he continues on this path and brings density and fluidity on the 11 pieces ‘From Darkness’ holds. The young Daniel Dor, gives a sound that is very fiery, sometimes bordering on the influences of heavy rock. Avishai on bass, equal to itself in excellence, gives the necessary framework, both discrete and necessary cornerstones, which the other two musicians free to add their contributions around.

Tracks such as, “Ballad for an Unborn”, “Haleyah” and “Lost Tribe” become easily recognisable for their clear and tranquil sounds yet hold underlying feverish urgency. Other pieces like the very Latin “Abie”, manages to blend salsa rhythms, heavy drumming and almost classical piano. I think to myself; How do they mix sounds that should not normally go together? The answer however, doesn’t really matter as the result is brilliant. The piece “Almah Sleeping” brings a delicate nuance. And finally the album ends with a beaming “Smile”, originally composed by Charlie Chaplin.

Of course you have to listen to ‘From Darkness’ repeatedly to appreciate the subtle influences, for no one should embark on this journey, if they are not patient. “Anthem” by Leonard Cohen sums up the spirit of ‘From Darkness’: “There is a crack in everything. That’s how the light gets in.” And our national poet, Michel Audiard, who wrote, “Blessed are the cracks, for they let the light in”.

The record label founded by Avishai Cohen bears the evocative name Razdaz: Raz in Hebrew means mystery. Therefore Raz(daz) hold the mysteries, and, in ‘From Darkness’, mystery was definitely there.

‘From Darkness’, released February 16, 2015 on the label Razdaz Recordz.

Original Press; Click here. 

Written by; Hasina Mechai 

Photo; Youri Lenquette

 

Avishai Cohen